Ca n'a jamais été vraiment facile pour moi.
C'était comme si, dans l'obscurité absolue, j'apercevais une lumière au lointain sans savoir si il s'agissait des flammes d'un enfer souterrain ou de la lumière divine d'un paradis céleste.
Alors, ne sachant si je devais avancer vers cette vision, j'allais, donnant un pas décidé vers l'avant et le retirant immédiatement.
Je marchais en cercle, trébuchant parfois parce qu'un chat venait se lover contre mes chevilles, que j'avais, à l'époque, fortes et belles.
Il y avait foule, partout des gens, se cognant, avancant, reculant, parlant (forts ou seuls), HURLANT !
Il y avait foule et je ne pouvais être plus seule, mais cela chers amis, je ne vous l'apprends guère, il s'agit simplement de la vie. Cette bonne vieille copine qui s'invite et se retire sans prendre la peine de s'annoncer réellement au préalable.
Parmis la foule, la grande majorité, que j'ignorais et snobais à l'époque, était assise en petit indien, sage et discrête. Je me refusais catégoriquement de poser mes fesses sur ce sol que je ne pouvais voir.
Je voulais pouvoir m'approprier un ciel et des oiseaux. Je renoncais à vivre sans. Bien que mon esprit n'avait ni le talent ni la force de l'imaginer. Les failles du cerveau humain : on passe sa vie à ne savoir ce que l'on désire, à défaut d'avoir la force de le dessiner en son sein.
Plantée là, finalement, après avoir longuement réfléchis, je me dis que le pire, la chose la plus stérile et terrible qu'il puisse m'arriver, fusse d'accepter la situation.
Alors j'avancais vers cette onde rouge, ni chaude et guère froide non plus.
J'avancais toujours quand un garçon me saisis la main dans la sienne. Et pleine d'élan je découvris un sens à toute cette obscurité : le deviner, le découvrir.
Mais je savais que cela ne pourrais se faire sans lumière, et je savais aussi, malgré tout ce que j'espèrais corps et âme, que cette lumière, ô combien espéré, ô combien redouté, nous ne l'atteindrions jamais...